me contacter : zych.adam@yahoo.fr Liégeoise,
fonctionnaire depuis 30 ans, à la mairie de St-Nicolas au service des travaux (60 mâles y yo).
Chloé des Lys a publié mon premier roman en 2007 : "L'aquarelle bleue" et mon second roman qui vient de sortir de presse "Le secret des amandiers".
Sinon, je joue au tennis enfin j'essaye. Je vais en Espagne depuis 30 ans avec, à présent, l'espoir, très avoué, d'y rencontrer Almodovar puisque mon 2ème bébé naît de la communauté gay
catalane avec pour décor les montagnes du Priorat et a été traduit en espagnol (ceci devrait l'intéresser, vous ne pensez pas ?
Dans la foulée du concours de nouvelles organisé, tous les ans, par la Communauté française dans le cadre de la "Fureur de lire", la maison d'éditions Chloé
des Lys a fait appel à textes en vue de mettre sous presse un recueil collectif de 70 pages auquel j'ai participé avec plusieurs auteurs de la maison. En 2008, le thème était
"Révolution". J'ai choisi de mettre à l'honneur le poète andalou Frederico Garcia Lorca (mon texte ci-dessous) :
Nouvelle lune. Liège, le 20 mai 2008
Cher Santiago,
J’ai encore rêvé du ménestrel de Grenade. Je crois que la nouvelle lune n’y est pas étrangère. Je ne puis résister à l’envie de prendre la plume ; je dois sauvegarder l’émotion.
« Rebondie, métallique, la lune abreuve le soir d’une clarté opaline. Elle se joue du lierre qui s’étale sur le mur noirci de poussier du terril. Elle déploie les bras. J’étreins l’oreiller.
Je navigue entre désir et douleur. Je sais qu’à nouveau elle m’envolera dans vos campagnes inondées de soleil, dans l’histoire où la terre s’embrase. Dans le chaos où tous deux vous étiez, où je
ne suis que fantôme. Ici, le ciel marine est plus bas comme s’il voulait laisser la vedette aux hanches argentées de son hôte. De l’autre côté de la ruelle imprégnée de musique, j’attends. Ses
fenêtres sont grandes ouvertes. J’espère l’instant magique où je surprendrai son corps. Je soupire. Le besoin viscéral de le matérialiser me tenaille. Muse des poètes, fais venir au balcon ton
seigneur andalou ! Le gramophone tourne. Il chante d’une voix suave. Crescendo, les notes sanguines, inspirées par Satan s’emballent. L’une contre l’autre ses mains frappent plus fort. Le
torse glabre, cuivré, il danse avec l’élégance innée qui appartient à ses pairs. Il rit de ses dents blanches. Son regard sombre est plus brillant que la nuit. Chante mon ténébreux amour !
Chante avant que s’évanouisse la lune ! Nuit maîtresse, prolifique, je bouts du désir ardent de retarder ton agonie. Garde mon corps en sueur dans tes draps de rêveries ! Sursois à l’aube
cruelle et son linceul de cauchemars ! Déjà je ressens la menace : elles arrivent, les horribles figures de la Guardia. J’entends le bruit sourd des sabots claquer sur les chemins de
terre. Les coursiers du général arrivent, toute l’imbécillité de la force brutale contenue sous leur uniforme de drap vert. Ils veulent son sang coulant sur la terre. Pauvres abrutis ! Comme
si des balles débarrasseraient la folie tyrannique des mots du génie. La haine embrase mes entrailles. Mon regard hostile cherche en vain parade. Spectatrice stérile, j’enrage ! Oh !
Dieu du ciel, ton livre de messe n’a-t-il suffisamment persécuté son âme ? Faut-il que tu les laisses prendre son sang, celui des chemises de la liberté, celui des guitares de flamenco,
celui de Federico ? Aide-moi, divinité de l’Espagne ! Empale ces corbeaux de tes cornes acérées ! Ils ont attendu l’aurore pour l’emmener. Déjà je ne vois plus que son ombre
altière, sans insolence. Il s’en va escorté du noir chacal. Dans un monstrueux silence, ils ont pris Federico, sur sa terre grenadine. Mulets, oliviers et orangers amers murmurent à la vigne de
tarir la vendange. La révolte qui gronde n’est rien à côté de celle qui gouverne chacune des parties de mon être. “Vous ne savez pas ce que vous faites ! Mais moi, je ne vous pardonnerai
jamais ! ” Je hurle si fort que je m’éveille. »
Voilà, mon tendre ami, je t’envoie mon rêve. Ils disent que Federico est mort par un ciel sans lune ; ils mentent. Toi, tu sais qu’elle
était là pour lui, vibrant amant. Son sang est à elle. Elle l’a fait couler sur la terre, dans le fleuve. Et, les eaux grises du Guadalquivir l’ont charrié par-delà les murs blancs de
l’Espagne.
Le matin est électrique, chargé des révolutions de ma nuit. L’écriture, comme toujours est mon exutoire, elle apaise ma colère. Sur le chevet, je saisis sa « Romance
gitane ». J’ai arrêté mon choix. Demain, niant le silence de l’Education nationale, je leur lirai à voix haute « La femme adultère ». Mais avant je leur parlerai de lui ; ils
ne le connaissent pas. Ils vont l’adorer, on est rebelle à 17 ans.
Je compte passer l’été à Fuente Vaqueros. Je serai là pour ton quatre-vingt-dixième anniversaire. A l’ombre de l’amandier, tu me raconteras encore les silences de votre amour.
Moi, j’attendrai la nouvelle lune... Besos cielito lindo, Jeanne.
Ce matin-là, l’hiver crachotait, dans un sursaut d’orgueil, quelques tardives giboulées. Etait-ce vraiment le bon moment pour, à nouveau, harceler Jack ? Peut-être pas
non, mais au seuil des fêtes de Pâques, le redoux finirait bien par s’installer. Et puis, cette fois, j’avais un plan. Insidieusement, je lui avais concocté un copieux petit-déjeuner. Jack adore
manger et prendre son temps le matin ; je lui répète souvent qu’il aurait dû naître outre-Manche.
Il se leva un peu plus tard qu’à l’habitude ce qui me laissa le temps de fignoler. Des odeurs de café et de cuisine embaumaient l’espace quand il fit son apparition. Comment
louper Jack, le matin? Ce jour-là, il s’était sans doute surpassé ; un pantalon de pyjama orangé, un t-shirt bleu clair trop serré pour dérober sa confortable bedaine, des cheveux en
bataille et, plus que tout, le flamboyant vert anglais de nouvelles espadrilles le rendaient, disons, particulièrement burlesque. Bijou, qui n’avait eu cesse de se lécher et de tourner en rond se
réfugia sous la table. Je ne pus dissimuler un sourire ironique. Jack posa le menton sur mon épaule, regarda, avec avidité, crépiter le bacon dans la poêle, claqua ses grandes mains l’une contre
l’autre.
— Miam ! C’est bombance ce matin, choupinette.
Il dressa les sourcils, plissa le front apparemment embarrassé : — Que se passe-t-il ? C’est un jour spécial, aujourd’hui ?
La mine rieuse, j’eus envie de le titiller : — Oh ! voyons voir…
Il restait là dans son accoutrement grotesque, tout penaud, le teint blême, la bouche en cul-de-poule.
— Non mon gros, c’est pas notre anniversaire de mariage. C’est une surprise, juste une surprise, répondis-je dans un éclat de rire spontané.
Il reprit des couleurs. — Fi ! Vilaine musicienne !
Apaisé, il balaya du regard le plan de travail ; un panier d’osier, débordant de ses viennoiseries préférées, y était en évidence. Il voulut, au passage, faucher un pain
chocolat ; je l’en empêchai. L’air boudeur, il traîna les pieds jusqu’au coin à manger. Il s’assit sur l’un des tabourets, se frotta le ventre comme pour faire patienter son estomac qui
gargouillait sans doute depuis un moment. Il me semblait l’entendre penser : « Allez hop ! on se presse ! »
Je déposai, sur la nappe de coton blanc, une assiette de belle taille emplie de trois œufs et de quatre à cinq tranches de lard. Il entama promptement son plat alors que, la
mort dans l’âme, je me contentai d’un yogourt allégé.
— Quel temps de chien, ce matin !
— Oui, mais la météo annonce une nette amélioration, lui annonçai-je mensongèrement.
— Hum ! Tu crois vraiment ?
— Oui, oui, et tant qu’à faire j’aimerais te reparler de mon projet.
— Projet, projet ? interrogea-t-il avec désinvolture.
— Ben ! Tu sais celui de l’an passé.
— Chris, passe-moi un…, réclama-t-il en pointant du doigt le panier d’osier.
Agacée, je déménageai le panier au centre de la table. Il ne me prêtait pas l’attention que j’espérais. Je crois que l’essentiel de ses pensées aurait pu prendre place dans une
bulle de B.D. : une farandole de pâtisseries ! Il ajusta une paire de lunettes sur son nez, entama le croissant, avant de déplier son journal.
— Jack, mon projet !
— Oh ! pitié, tu ne vas pas recommencer ! Pour l’amour du ciel quand comprendras-tu que cela est tout juste pas possible dans la propriété. Ce genre de truc va
complètement bousiller l’esthétisme du jardin, baragouina-t-il.
La propriété! Oui, effectivement nous vivons dans une grande maison qui bouleverse les perceptions usuelles de l’espace ; une espèce de symbole graphique parmi les maisons
modestes, anonymes et nostalgiques d’une ancienne commune minière. Jack avait, bien entendu, dessiné himself les plans de cette construction de verre et d’acier ; il est architecte. A chaque
fois, il se délecte comme un enfant du regard interrogatif des passants : « Est-ce une maison, un chef d’œuvre de l’architecture design, un entrepôt? » Je l’aime aussi cette
maison, un peu trop peut-être ? Jack gagne suffisamment bien sa vie pour me permettre d’être « femme au foyer » comme on dit. Je passe donc la plus grande partie de mon temps à
astiquer, bichonner mon intérieur. Je ne me lamente pas, j’adore cela surtout la déco. Mais je dois bien admettre que j’ai aussi une fâcheuse propension à trop vouloir changer, ajouter,
retirer : être en travaux perpétuels quoi ! Alors, dès que le mot “projet” résonne aux oreilles de Jack, il a, lui, une fâcheuse propension à se fermer comme une huître.
— Jack, veux-tu me prêter attention une petite minute. J’ai demandé une étude à un paysagiste et…
Jack faillit s’étrangler, il toussotait :— Ben ! ça alors ! Je te rappelle quand même que je suis architecte.
— Oui mais cela fait un an que j’attends et rien, aucun début d’esquisse, pas même l’ombre d’une idée.
Il haussa les épaules. J’étalai le croquis sur la table.
— Regarde, ce sont des poteaux rétractables exactement comme ceux qui protègent certains emplacements de parking. Un simple anneau soudé sur la partie haute des poteaux permet
leur levage, un dévidoir de cordes automatique et le tour est joué ; un séchoir extérieur astucieux et pratique.
Jack venait de tremper un morceau de sucre dans le café et le suçait bruyamment ce qui eut le don de m’irriter.
— Jack, cesse de téter, ce…Une fois rétractés seuls deux petits carrés métalliques restent apparents sur la pelouse. Et hop ! ni vu ni connu !
— Hum ! Cela me semble intéressant. Mais…Oh !merde !
Le canard venait de se fendre. Il retomba dans le bol de café éclaboussant le t-shirt bleu clair et la nappe blanche déjà parsemée de miettes et le croquis. Je lui décochai un
léger coup de pied sur le tibia. Il grimaça non parce qu’il venait de perdre une espadrille sous la table mais parce que j’avais écarté le panier de victuailles suffisamment loin pour qu’il ne
puisse plus l’atteindre.
— Alors ! c’est d’accord pour ma corde à linge ?
Il dodelina et ne trouva rien d’autre à dire que : — Bah ! ce que femme veut !
Deux semaines plus tard, j’avais mon nouveau jouet. Comme maman et grand-maman l’avaient fait avant moi, je décidai que le lundi serait le jour de la lessive. Celui-là était
radieux, enfin presque, seuls quelques petits nuages blancs pommelaient un ciel clair. Une manne sous le bras, je m’apprêtai, avec un enthousiasme perceptible, à étendre ma première cordée. Je
posai le panier sur la pelouse. Les senteurs particulières du linge fraîchement essoré s’en exhalaient. Accroupie au-dessus du panier, je humai, à pleins poumons, une taie d’oreiller et de vieux
souvenirs refirent surface. Ceux d’une gamine haute comme trois reinettes qui slalomait entre les draps de lit immaculés alors que grand-mère discutait avec les voisins. Je ne sais plus trop qui
a écrit que « Pour faire vibrer les cordes du cœur, les odeurs sont plus sûres que ce que l’on voit ou ce que l’on entend », en tous les cas il avait bigrement raison.
Je secouai, deux à trois fois, la taie, saisis, dans la poche de mon tablier, deux pinces en bois toutes neuves. Je dressai mon nez saturé de taches de rousseur vers la corde
et…Oh ! Horreur et damnation ! Deux pattes étaient accrochées au fil de plastique. Des pattes puissantes aux orteils démesurés par rapport à la taille de ce…De ce quoi ? Je n’en
savais rien ! Je n’ai jamais su ! Je ne trouvai rien d’autre à dire à cet indésirable que « Ouste ! Ouste ! » Bizarrement, avant de prendre son envol, l’oiseau me
toisa, l’espace de quelques secondes, de son regard charbonneux cerné d’un jaune violent. « Brrr ! » j’en eus la chair de poule. Je ne savais pas trop pourquoi j’eus le
pressentiment étrange que je n’en avais pas fini avec lui. J’étirai les draps sur la corde mais l’engouement avait disparu. Je me demandais où était Bijou ? Probablement vautrée dans le
sofa.
Cet oiseau noir m’avait traumatisée. Je décidai de récupérer un moment au salon en compagnie d’un café bien serré et de Bijou : une chatte Angora, d’un blanc lys nacré
comme une perle d’Akoya avec un regard cristallin absolument sublime.
— Bah ! Bijou, tu n’es plus la fringante chasseresse que j’ai connue ! Tu es encore plus embourgeoisée que ton maître.
Elle m’adressa un miaulement qui naviguait entre désolation et désinvolture.
— Allez bon ! Viens ma grosse, je te fais un câlin.
Je me sentais lasse et le canapé était bien confortable. J’avais envie de me laisser doucement emporter dans le domaine des songes. Un bruit inhabituel, en provenance de la
cuisine, contraria mes desseins. Je tendis l’oreille. C’était comme si quelqu’un tapotait la vitre du bout des doigts. « Tiens ! La voisine ? Sans doute aura-t-elle emprunté le
passage latéral ? »
— Oui ! j’arrive, j’a…
Mes yeux s’arrondirent à en sortir de leur orbite. Je demeurai là, bouche bée à examiner ma fenêtre emplie de salissures. Des traces blanchâtres régulières comme des doubles
parenthèses et des traînées de points de suspension imprimaient toute la vitre.
— Mais… C’est quoi ce machin ?
Pas le temps même d’imaginer un semblant de réponse, le cliquetis, avec ténacité, troublait à nouveau la quiétude de ma maison. Il semblait cette fois provenir du bureau de
Jack. Je m’y dirigeai à pas de loup, poussai le bout du nez par l’entrebâillement de la porte.
— Vade retro, satanas ! L’oiseau noir !
Il becquetait avec hargne, volait contre toute la baie vitrée en y laissant les mêmes fâcheuses salissures que dans la cuisine. Mon sang ne fit qu’un tour, je fis, sans
ménagement, irruption dans la pièce et m’agitai, les bras grands ouverts, à la façon d’un épouvantail. Il déguerpit.
Je pestai. J’avais intérêt à nettoyer avant le retour de Jack sans quoi il allait allègrement imputer ce désastre à la présence de ma corde à linge.Munie de tout l’attirail du « corps des balais », je m’apprêtais à œuvrer quand un cri bref du genre « pistiè » me fit dresser les cheveux sur la tête. Gonflé, l’animal
était perché sur mon fil ; ma corde à linge. Son répertoire vocal se fit plus prolifique : « pistiou dèdèdè, pistiou » et, comme s’il voulait me narguer, expulsa de la fiente
sur mes draps. Emportée par la fureur, je cavalai sur la pelouse, brandissant un manche de brosse. « Vas-tu décamper salopard ! » Effarouché, il disparut.
Perplexe, je me demandais à quelle espèce appartenait cet oiseau. Tout ce que je pouvais en dire était qu’il ne s’agissait ni d’un rapace ni d’un moineau. J’ai toujours été
franchement nullissime en la matière ce qui m’a d’ailleurs valu le plus inutile, le plus moche, le plus indésirable des cadeaux de Noël. J’avais dix ans, il y a un siècle. Tante
« Harpagonne » avait décrété que s’il fallait sortir des pièces de sa cassette, elles devaient contribuer à parfaire mes connaissances. D’où, sous le sapin, le bouquin dont la
couverture glauque était, à elle seule, de nature à me donner la nausée. « Les oiseaux de Belgique » titrait-il. L’intérieur n’était qu’imagerie que l’on obtenait, à l’époque, en
troquant des points découpés sur toutes sortes de produits alimentaires. Mésanges, chardonnerets, serins et autres s’en partageaient la soixantaine de feuillets. Un livre franchement déprimant
probablement à l’origine de l’inimitié que m’inspirent les oiseaux. Ce livre allait finalement peut-être m’aider à déterminer l’espèce de mon visiteur. Mais où avais-je bien pu ranger cette
horreur ? Probablement au grenier dans un carton ou l’autre ?
J’ouvris trois cartons et bingo : il était bien là, dans sa couverture glauque aux lettres dorées un peu passées. J’en survolai, si je peux m’exprimer ainsi, le contenu.
« Bof ! C’est bien ce que je pensais ; tous pareils ces oiseaux. Chris ! Applique-toi, regarde mieux, sans quoi jamais tu ne confondras ton intrus dans ce bottin. »
J’examinai un peu plus assidûment les différentes images. Je reconnaissais très bien les rapaces à leur face aplatie mais pour le reste ! Désespérant ! Ce livre était décidément
désespérant ! Je consultai rapidement ma montre ; elle indiquait 18H, Jack allait rentrer. Je rangeai le livre dans son carton.
Nous passâmes une soirée tranquille. Tandis que jack entamait son second bouquin de la semaine, je me laissais bercer par une délicate sonate de
Mozart.
« — Oui Jack, je sais que c’est déjà assez compliqué pour toi ! Je vais fumer dehors. »
Bijou est à mes trousses. La soirée et drôlement fraîche ; je relève mon col. Oh tant pis ! Je vais quand même me poser un instant sur le banc. Bijou m’adresse en
regard envieux, sa tête verse de côté, il bondit, s’étale sur mes genoux. J’allume une cigarette. Je savoure une première bouffée.
« Quelle folle journée, n’est-ce pas Bijou ? Il doit probablement nicher dans le hêtre ? Qu’en penses-tu ma grosse ? T’en as rien à foutre
hein ! »
Je ferme les yeux, je suis bien. Bijou se frotte le museau entre les pattes, elle est bien elle aussi. Tiens ! son manège cesse. Elle redresse la tête, son corps se raidit
comme un bout de bois vert. Je sens ses griffes me labourer les cuisses. Les babines retroussées, elle crache.
« Que se passe-t-il ? Tu as entendu quelque chose ? Moi aussi, c’était comme un bruissement d’… »
Instinctivement je lève les yeux. Misère ! Je lâche le mégot. Mon corps se raidit à son tour. Ils sont là ! Sur le fil, une douzaine de cernes jaunes, immobiles,
attentifs. Ils guettent. Qu’attendent-ils ? Que je bouge ? Oui ! C’est cela, ils attendent que je bouge pour donner l’assaut, pour me picorer la tête, le visage jusqu’à ce qu’il ne
soit plus que bouillie.
« Vous n’avez rien pigé, bougres de cervelets ! Elle va vous étriper. Attaque ! Bijou attaque ! »
— Chris ! Chris, réveille-toi, bon sang ! Tu as fait un cauchemar, hurla Jack en me secouant comme un prunier.
Au petit matin, un bruit désormais familier me perça les oreilles. L’horrible sonnerie du réveil matin prenait des airs de neuvième de Beethoven comparé à cet agaçant
cliquetis. Il était là, et pas bien loin ; à la fenêtre de la chambre contiguë à la nôtre, sans doute. Dieu merci, Jack n’a pas le sommeil léger. J’avais quand même intérêt à écarter cette
enflure avant qu’il ne finisse par l’éveiller. Enervée, je bondis du lit. Je tentai, en vain, d’emmener la chatte dans le jardin. Elle refusa avec obstination. Je rabattis donc seule l’oiseau
vers le hêtre. Bijou, en posture assise derrière la vitre du salon, fixait, les yeux grands ouverts, la cime de l’arbre. Elle remuait frénétiquement la queue et, bizarrement des claquements
récurrents de mâchoires semblaient vouloir dire : « Va-t-en ! »
Je dressai rapidement la table et pris soin de garder le store baissé ; la fenêtre de la cuisine était, à nouveau, dans un état catastrophique. Jack avala un premier
croissant.
— Je prendrais bien un autre bol de café, demanda-t-il un peu déçu que je n’y ai pas songé.
Moi, je ne pensais qu’à l’intrus, espérant qu’il garde sa position sur le hêtre.
— Dis donc Jack, il est déjà 8H30.
— Tu es bien pressée de me voir partir, ce matin.
— Penses-tu !
— Attendrais-tu de la visite ?
Je souris intérieurement en songeant « Tu ne penses pas si bien dire. »
— Non, mais toi, grand distrait, tu as un rendez-vous important , tu m’en as parlé hier.
— Oh ! Dieu du ciel oui ! dit-il en absorbant une dernière gorgée de café.
« Ouf ! il est parti. A présent à nous deux ! » Je m’empressai de lever le store. A l’affût, immobiles mais emplis d’arrogance, dix grammes de plumes noires
et brillantes trônaient sur ma corde à linge.
— Que veux-tu, hurlai-je en brandissant l’index ?
Il changea d’observatoire, préférant au fil, la cime d’un conifère.
— Où te crois-tu ? Dans un remake d’Hitchcock ? Je ne suis pas Tippi Hedren, mon petit père. Je t’aurai !
Une nuit perturbée m’avait aidée à imaginer une riposte. J’enfilai sur des cordelettes des carrés de papier aluminium et les tendis à travers toutes les fenêtres de la façade
arrière. Ensuite, je descendis au sous-sol où devait encore traîner le piège. Une cage que Jack avait acquise, quelques années auparavant, afin de tenir en échec une population de pigeons qui
avait élu domicile sur notre toiture. Bijou couinait entre mes jambes. Bon sang ! Cette chatte était plus excitée que moi. « Lâche moi, veux-tu Bijou ! » Elle s’engouffra, par
la chatière, dans la remise contiguë au garage. « Ouf ! bon débarras ! » Je fouillais la grande armoire métallique. La cage, un peu rouillée, était toujours là. Maintenant, il
fallait songer à appâter le piège et je n’avais aucune idée de ce que j’allais y mettre. De quoi se nourrissait cet oiseau ? Mon visage s’éclaira d’un sourire malicieux ; quelques
grains de maïs devraient faire l’affaire. Je me sentais heureuse comme un gosse qui reçoit un joujou. J’étais prête à mettre en place mon dispositif défensif lorsque mon regard se posa sur un
ancien coffre dans lequel j’avais conservé quelques trésors de mon enfance : figurines des héros de l’époque, chars, camions miniatures et une vieille carabine à plomb, j’étais autrefois un
vrai garçon manqué. J’en soulevai le lourd couvercle, regardai l’arme avec insistance, hésitai un bref instant puis la saisis avec la ferme intention de m’en servir. Bijou bondit de la remise
comme un diable hors d’une boîte. Toutes griffes dehors, elle se suspendit à la jambe de mon pantalon. Elle miaulait à en perdre haleine. « Oh ! minute papillon. Oui on va l’avoir ce
foutu passereau. »
En embuscade depuis plus de deux heures, à la tabatière du grenier, je n’avais pas vu l’ombre d’une plume. J’avais envie d’un café et plus encore d’assouvir un inavouable
déficit de nicotine. Bijou voyageait entre mes jambes. « Hé, je suis là ! » semblaient vouloir dire des miaulements répétés. « Ok Bijou ! On fait une pause. ». Je
m’arrêtai net dans la cage d’escaliers. Mon sang ne fit qu’un tour. Je n’en croyais pas mes oreilles mais je l’entendais picorer. J’avais besoin de reprendre mon calme. Je pris trois à quatre
profondes respirations. Posément je fis le tour de toutes les pièces du rez-de-chaussée. Toutes les vitres étaient propres et pourtant il était là quelque part. Tant pis j’avais décidément trop
envie d’une cigarette. J’aspirai une première bouffée sous la hotte de la cuisine ; sans quoi Jack, qui venait juste d’arrêter de fumer, ne se serait pas privé de me houspiller. Mon plaisir
était palpable mais de courte durée. « Pistiè, pistiè, pistiè ». Je me dressai sur la pointe des pieds. C’était extraordinaire, juché sur la clinche de la porte, il picorait le châssis.
« Mais c’est pas possible ! Tu veux entrer chez moi maintenant. Qui… »
— Chris, que fais-tu ? Tu parles toute seule, à présent ! ânonna Jack.
J’en frissonnai des pieds à la tête. Que faisait-il à la maison à cette heure ? Il ne faillait pas qu’il remarque l’arsenal de guerre déployé dans le jardin. Je déboulai
dans le hall, arborai un grand sourire pour masquer mon émoi.
— Tiens ! Que… Que fais-tu là Jack ? Aurais-tu oublié quelque chose ?
Apparemment pressé, le tuyau d’une pipe éteinte entre les dents, il marmonna et s’engouffra dans le bureau. Je lui emboîtai le pas.
— Quoi ? Je n’ai rien compris.
— Mon portable. Où ai-je bien pu abandonner ce foutu téléphone ? Dis donc, tu as un air bizarre, ma petite. Me cacherais-tu quelque chose ?
— Hum ! non, non.
— Chris ?
— Ben oui ! J’ai quelques soucis.
— Soucis ?
— Oui, avec un oiseau.
— Avec un oiseau ? Chris, tu m’agaces. Dois-je te tirer les vers du nez ?
— Depuis deux jours, il attaque notre maison ; enfin, les vitres.
— C’est évidemment à cause de ces foutus fils à linge, affirma-t-il d’un ton frisant l’ironie.
— Euh ! Non, je ne pense pas. C’est un futé et il…
— Chris, je plaisante. En fait, cet oiseau est plus stressé que toi.
— Comment cela ?
— J’admets, c’est plutôt rare mais il arrive que quand un oiseau voit son reflet dans une vitre, il pense que c’est un concurrent alors il attaque.
— Ah non ! Jack cela n’est pas aussi simple. Il veut entrer, il veut quelque chose. Je ne lui laisserai pas prendre ce qu’il est venu chercher.
— Ha ! ha ! Allons bon, choupinette, un peu de sérieux ; il n’y a pas de George Stark, ici. Sinon dans la bibliothèque ! ajouta-t-il sans pouvoir contenir
un rire franc. Ah ! Je te tiens foutu téléphone !
— George Stark ?
— Dieu du ciel ! Ton intérêt littéraire est sidérant, Choupinette. Sur la 3ème étagère, un livre intitulé “La part des ténèbres”, tu devrais y jeter un
œil.
— Qui a écrit cela ?
— Le maître, ma chérie, le maître. Je suis à la bourre, je file. Bonne lecture !
« Bonne lecture, bonne lecture ! J’ai horreur de lire. Hum ! 3ème étagère. Ah ! voici, “La part des ténèbres - Stephen King.” Oh zut ! cinq
cent quarante trois pages. » Je soufflai bruyamment. De quoi il parle, ce bouquin ? Machinalement je me mis à lire, à haute voix, la quatrième de couverture :
“Tu croyais pouvoir te débarrasser de moi. Tu pensais qu’avec un enterrement bidon pour mes fans et pour la presse, tout serait réglé. Tu disais : Ce n’est qu’un
pseudonyme, il n’existe même pas. Tu te disais : Fini George Stark, maintenant consacrons-nous à la vraie littérature… Pauvre naïf ! Ca a dû te faire un choc quand tu as vu la fausse
tombe grande ouverte, hein ? Et cette série de meurtres abominables ? Exactement comme dans nos romans ! Sauf que cette fois, c’est réel, bien réel.
Non, ne t’imagine pas que tu vas pouvoir si facilement te débarrasser de moi. Je suis ton double, ta part des ténèbres…. Et j’aurai ta peau !”
« Fichtre ! Terrible ce résumé ! Qui est-il ce George Stark ? »
Je balayai du revers de la main les indésirables qui traînaient sur le bureau de Jack et entamai, avec curiosité, la lecture de ce bouquin. D’emblée, les écrits de Stephen King
m’hypnotisèrent. Plus les chapitres défilaient plus un plaisir inédit suppléait le désir de connaître la suite.
Six heures plus tard. J’étais toujours dans la même position quand je refermai la couverture sur le livre. Epoustouflant, des meurtres d’une violence incroyable, une âme
tourmentée mais plus que tout des moineaux psychopompes ; ceux qui viennent chercher l’âme des morts vivants : l’âme de George Stark. Un grand sourire éclaira mon visage. Je
soupirai : « psychopompes ! psychopompes ! Pfut ! Jack a raison, il n’y a pas de George Stark ici. » Je rangeai le bouquin, 3ème étagère.Je m’accroupis à côté de Bijou qui ne s’était pas éloignée de la porte-fenêtre. Le ciel, dangereusement obscurci, mûrissait un orage imminent. Des éclairs disparates
illuminaient le jardin. Puis, un flash plus puissant isola une image fugitive : la silhouette recroquevillée, sur le fil à linge, de l’oiseau noir. Ses yeux cernés de jaune ne se détachaient
pas de Bijou. Nerveusement, la chatte se mit à balayer du flanc la baie vitrée. Ses miaulements étaient saccadés et perçants. Les nuages crevèrent en grosses gouttes. La pluie claquait sur la
vitre avec force. Le dos de la chatte se bomba, ses miaulements se firent stridents, déchirants. Elle se mit à cracher. L’oiseau noir s’envola. « Bien joué, Bijou ! Cette fois je crois
que l’on ne le reverra pas de… »
Un claquement agressif à la fenêtre me fit comprendre qu’il était toujours là et qu’il n’abandonnerai pas la partie. L’oiseau noir se mit à taper, taper contre la vitre au
rythme des grondements du tonnerre. L’orage, au-dessus de nous, semblait être son allié. Ce jeu installa une ambiance oppressante, dramatique.Un souffle de vent,
inspiré par Satan, battit violemment la porte. Les vantaux s’ouvrirent. Les griffes acérées de l’oiseau happèrent Bijou. Sur le pas de la porte-fenêtre, les yeux exorbités, j’avais peine à
comprendre ce qui arrivait. L’oiseau emportait ma chatte dans les airs et moi, je ne tentai rien.J’étais figée, inerte, spectatrice impassible.
Je ne les voyais plus mais je sentais qu’ils étaient là, sans consistance, perdus dans le mystère d’un ciel peuplé de tonnerres étouffés. Eole avait apaisé sa colère et il ne
pleuvait plus. Doucement, une masse informe d’un blanc lys pur imprima le ciel marine. C’était une espèce de nébuleuse, ses nuances opalines flottaient dans les airs. Ses contours
d’abord indécis se firent de plus en plus précis ; généreux, rebondis comme ceux d’un félin, comme ceux d’un chat, comme ceux de Bijou. Elle était calme, son regard
cristallin dégageait une sérénité exquise. Les paupières mi-closes, elle semblait vouloir me dire quelque chose. J’hallucinais ou étais-je dans un état de conscience modifiée ?
Transportée hors du monde, je naviguais entre effroi et béatitude lorsque subitement les éléments extérieurs se déchaînèrent à nouveau, annonçant la
menace. Une autre masse donna vie au corps ébène de l’oiseau. Et le noir gomma le blanc, effaça chacune des formes rebondies de la chatte. Le blanc s’estompa paisiblement jusqu’à l’agonie. Bijou
s’était décomposée
.
Un ultime grondement déchira le ciel puis plus rien que du noir et la pluie purificatrice qui tombait à verse. Le réel avait-il repris ses droits ? Sur le fil à linge,
deux petites taches d’un jaune triomphant, celui des cernes du coursier des ténèbres, semblèrent m’adresser un salut amical.
Soulagée, envahie de la même sérénité que Bijou, je me dirigeai comme un automate au sous-sol. Et, pour la première fois, j’entendis des petits « miaou, miaou »
derrière la porte de la remise. Ils se serraient les uns contre les autres. Trois magnifiques petites boules de poils d’un blanc lys nacré. Incrédule mais apaisée j’emmenai les chatons. J’avais
hâte de prévenir Jack. Je composai son numéro de portable.
— Jack, l’oiseau a pris Bijou !
— Chris, calme-toi ; Qu’est-ce que tu racontes ?
— Il a pris Bijou, je te dis !
— Choupinette, Bijou est morte. Tu sais que je l’ai enterrée avant hier sous le hêtre.
— Oui, je sais Jack mais il a pris son âme.
— Qu’est-ce que tu racontes, Chris ?
— Qu’elle était toujours là avec moi. Elle voulait que je les trouve, Jack.
— Chris es-tu en train de perdre la raison ? Que tu trouves quoi, bon sang ? Ah ! Je comprends, tu as lu le bouquin de Stephen
King, n’est-ce pas ? Tu t’es assoupie et tu as rêvé, c’est tout. Chris ? Chris, tu es là ?
— Ses petits, Jack, ses petits…Trois petites perles d’Akoya.
Immobile, abêtie, j’avais abandonné le cornet du téléphone sur le bureau. Dans le mélange d’empreintes et de saletés laissées sur la vitre se dessinaient des lettres ; les lettres du mot
« coursier ! »
Aprovechando la frescura de la aurora, en un paisaje todo terrazas plantadas de olivos, Camacho esperaba en el banco al extremo del camino empedrado. Escrutó el cielo. Cerúleo, sin una nube,
auguró de nuevo una jornada asfixiante. Suspiró. A los setenta y cinco años, soportaba mal el calor agobiante que castigaba desde hacía unos días. Consultó su reloj “Ella no vendrá esta mañana”,
pensó, y suspiró de nuevo. Pensativo, curvó la espalda y removió con su bastón la tierra roja, volviendo una mirada insistente, justo detrás de él, hacia la aldea de Vilella Baixa,
incrustada al pie de la Sierra del Montsant. Los viejos muros de piedra, las altas casas que se asoman sobre el torrente de Escaladei, los callejones empinados que se entrelazan, la fuente
plantada en el centro de la placita reavivaban siempre recuerdos dulceamargos para él. Las risas juveniles de Soledad resonaban en su cabeza.
Había amado a Soledad Rovira con la despreo-cupación de la adolescencia, ignorando la imminencia de la separación y su carga de frustraciones. El viejo Rovira había decidido que su hija se casara
con José Melero, porque tenía una quesería y varias hectáreas de olivos a la salida del pueblo.
Camacho Morlando no poseía más que un buen físico e inteligencia. Soledad se casó con Melero. Camacho jamás se casó con nadie. Se exilió a Tarragona para enseñar matemáticas en un instituto del
centro de la ciudad. Volvió en dos ocasiones a su querido pueblo: para enterrar a sus padres, y cerrar los postigos verdes de la alta casa que se asoma al torrente de Escaladei, la misma
donde vivía ahora. Un regusto de amargura le apretó la garganta.
El reloj de Sant Joan Baptista resonó seis veces al pie de la montaña, donde nada se movía. Inquieto, Camacho retomó el camino empedrado en dirección al puente de tres arcos. La cabeza
muy erguida sobre los hombros le daba un aire altivo, orgulloso, pero no insolente. Su silueta alargada avanzaba lentamente por la calleja pavimentada de guijarros. Tenía un aire tremendamente
triste. Su mirada límpida, de un verde tilo tornasolado se volvía gris fácilmente cuando le invadían sentimientos negativos, y entonces era de un gris muy sombrío. ¿Por qué no habría venido?
¿Tendría ella esa mañana, más que de costumbre, el regusto amargo de haber obedecido a su padre? ¿El tenaz remordimiento de no haber parido nunca? Viuda desde hacía más de
veinte años, vivía casi como una ermitaña. Había conocido el éxodo de los jóvenes a la ciudad abandonando a los viejos a una soledad pesada. Pesada hasta el punto de que ella había
fantaseado con tirarse por el barranco de la Pujada de la Creu. La idea de abandonar a sus cabras la había disuadido.
Y después, hoy en día, la región bullía de jóvenes viticultores que habían devuelto el color al antiguo pueblo y un poco de alegría a Soledad. Albergaba en su casa, desde enero, a un joven
estudiante, Julio Torres. Un chico sutil, brillante, que había ganado rápidamente el favor de Soledad. Estudiaba el arte de la vinificación en el laboratorio de un famoso maestro de bodega en
Gratallops. Pequeño, endeble, encajaba mal en el mundo rural. Camacho le encontraba un poco demasiado amanerado, aunque él tuviera la consideración de compartir la cena con
Soledad, de contarle los detalles de una jornada de trabajo plena, de llenar el vacío de su vida.
Sin aliento, Camacho hizo un alto en la plaza de la iglesia de tres naves. Sacó un pañuelo de algodón de un bolsillo del pantalón y se enjugó la frente. Aún quedaba lo más duro: subir el “carrer
que no se Pasa”, un callejón de unos cien metros de largo que trepa hasta el barrio viejo, pasa bajo los arcos para terminar en un callejón sin salida.”
El libro se vende a la libreria El llapis - Falset.
Extrait – « Le secret des amandiers » (Chapitre 2)
« Au nord d’une ville vivante, disparate, à quelques encablures de Cromwell Avenue, la fabrique dénotait dans un pâté de maisons victoriennes, soulignant une fois de plus que Londres a
toutes les audaces y compris celles des désordres urbanistiques.
La fabrique occupa, dans un premier temps, une dizaine d’ouvrières qui usinaient de petites pièces en plastique genre boutons d’ascenseur. L’affaire, plutôt florissante, prit une expansion
fulgurante du jour où James exploita le créneau des boutons en plastique pour l’électroménager.
Maggy, quant à elle, régentait le personnel de maison de Cromwell Avenue. La demeure victorienne en briques de couleurs chaudes avait vraiment du charme. A la fin de la première guerre, elle
avait été entièrement revisitée par le leader de l’Art nouveau : Charles Rennie Mackintosh. A l’exception de la fenêtre en encorbellement au-dessus de l’embrasure de la
porte, aucune décoration ne venait compromettre la beauté inhérente au traitement de la brique. Les pièces principales étaient placées à l’arrière de la maison et s’ouvraient sur un parc bordé
d’un rideau jaune vif de potentielles qui ombrageaient, à la belle saison, des massifs et plates-bandes de vivaces. La salle à manger était, sans conteste, la plus belle pièce de la maison,
ovoïdale, habillée de somptueuses vitrines à porcelaine. Un âtre convexe invertissait la forme de la pièce et le génie de Mackintosh en
contrariait le thème avec des tables quadrangulaires et des chaises aux hauts dossiers rectilignes. La cuisine, le bureau de James, la bibliothèque et les commodités occupaient l’avant de la
maison, du côté de la rue. A l’étage, les chambres secondaires occupaient aussi l’avant de la maison tandis que tout le côté jardin avait été réservé à Wilfred. »
Reus
est une ville dans le nord-est de l'Espagne en Catalogne. Elle est la capitale de la région duBaix Camp dans la province de
Tarragone.
Elle a vu naître l’architecte universel Antoni Gaudí en 1852. Mais c’est à Lluís Doménech i Montaner qu’elle doit ses lettres de
noblesse. Cet architecte de génie marquera le début de la brillante étape moderniste que connaîtra la ville de Reus. Le style et l’esprit du Modernisme de Doménech se propageront avec force dans
toute la ville.
Reus fait aussi partie du décor où évoluent les personnages de mon livre
"Le secret des amaniers". Les extraits et les photos ci-dessous vous donneront une idée de la majesté du payasage.
Extrait1:
« Ils
empruntèrent un lacis de venelles piétonnes tellement étroites qu’il était gênant de s’y promener à plus de deux de front. Un passage rétréci communiquait avec une autre ruelle à travers un pâté
de maisons, laquelle débouchait sur une placette qui recelait d’authentiques joyaux du Modernisme catalan. Les deux policiers se faufilèrent entre de petits groupes d’amateurs ébahis qui
contemplaient les façades de pierre, de céramique et décorations florales typiques de l’Art Nouveau.
Au détour du chemin, ils repérèrent enfin l’enseigne de l’herboristerie. L’étalage vieillot ne méritait pas que l’on s’y
attarde mais, la bâtisse était un véritable chef d’œuvre de la fin du 19ème. Erigée sur deux niveaux, la façade présentait des éléments d’architecture d’inspiration islamique, les
fenêtres échelonnées étaient encadrées par des arcs semi-circulaires, les rampes des balcons étaient réalisées en fer forgé avec des motifs floraux spécifiques de la ville. »
Extrait 2 :
« Le «Grand Café» est peu frayé des touristes et pour cause, à l’écart du centre, il se
cache dans le recoin d’une ruelle. Extérieurement, l’estaminet ne paie pas de mine mais, l’intérieur art déco dégage un charme vraiment spécifique. On y accède par des portes tourniquet de bois
trouées de petites vitres. L’immense comptoir et son présentoir à tapas occupe toute la longueur du café sur sa partie gauche. Le reste de l’espace est divisé en compartiments qui font penser à
de petites loges séparées par des cloisons basses de bois surmontées de vitrage ciselé. Tous les meubles sont de style bistrot ; les tables rondes en pierre au piétement de bronze, les
chaises en bois cannelé. L’entièreté des murs est recouverte d’affiches 1900 soigneusement encadrées. »
Le bar à tapas
Les loges
Google : merci de référencer ces images et tout le génie de Modernisme Catalan.
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